Rebecca Topakian. Des corps qui comptent

By: Arnaud I. | Date 19.04.2017
Agée de 28 ans, Rebecca Topakian a fait l’actualité photographique de l’hiver avec la découverte par le grand public de son hypnotique série -Infra, présentée au Festival Circulation(s). Photographe méthodique et engagée, sa pratique autant que ses positions sont aussi emblématiques que singulières au sein de cette jeune génération d’artistes qui prend peu à peu le pouvoir.
Rebecca Topakian, Awaiting Oblivion
Protocoles sensuels

De sa première licence, en philosophie, on se plaît à penser que Rebecca Topakian a conservé la rigueur de la méthode. Chassant la quintessence de l’abandon des ravers en soirée punk, elle bidouille au préalable son appareil photo, rendu uniquement sensible à l’infrarouge, en tire des gisants surgissants du noir dans une transe aussi profane que rituelle. Souhaitant ralentir le temps de l’image pornographique, à l’heure du gonzo internet en fast-forward, elle s’immisce sur un tournage et saisit des moments suspendus, une certaine douceur entre les prises. Si elle vient à Bethlehem et y réalise une vidéo, c’est d’abord pour y dénicher les fantômes de son souk, sur les recommandations de sorciers locaux.

C’est ainsi cette rigueur dans l’approche de ses sujets, la volonté de jouer sur le contraste de la forme et du fond pour montrer et faire ressentir plutôt que dire, qui semble fonder le dénominateur commun des déjà nombreux projets de la photographe. Celle-ci se prévaut à l’inverse, de devoir, comme nombre de ses confrères, creuser une même ligne esthétique au fil du temps, symptôme selon elle d’une conformisation aux codes du marché. Une pratique qu’elle rejette avec verve comme un parangon consumériste appliqué au milieu de l’art : « Ikea doit faire du Ikea sinon ça marchera pas, H&M fait du H&M et Zara fait du Zara » La méthode comme axe de travail, mais surtout une volonté de sonder l’identité et le corps contemporain à travers les espaces, sociaux et géographiques.

L’identité et le corps contemporain

Si la qualité et l’originalité visuelle de ses oeuvres la font souvent passer pour une photographe en premier lieu plasticienne, on apprécie rapidement son travail à la lumière d’une ligne directrice plus vaste, l’examen de l’identité contemporaine, et le rapport au corps qui en découle. Ce n’est pas un hasard si Topakian a choisi de collaborer en 2015, dans le cadre d’un projet Olympus aux Rencontres d’Arles,avec Dorothée Smith, photographe désormais reconnue, exposée à ces mêmes rencontres ainsi qu’à Pompidou, fascinée par les questions du genre et du corps, notamment dans son ouvrage Bodies that matter.

La fête, le tournage pornographique, ne sont pas tant des sujets licencieux que des topoï de l’abandon de l’esprit et du corps, où Topakian cherche à saisir la perte de soi. Perte de soi par la communion de groupe dans les milieux festifs, parfaitement illustrées par cette autre série, « Visages », où la photographe isole, hagard, un visage parmi une photo de groupe en environnement festif. Dénué de contexte, neutralisé et contrit, chaque visage est capté comme une preuve de trêve individuelle dans l’échappatoire collectif. Preuve en est que le sujet dépasse la forme quand cette même question de l’identité prend pour terrain d’exploration Jericho et son souk, ou encore le projet à venir de la photographe, qui la prendra la forme d’une enquête généalogique sur les traces de sa famille paternelle, en Arménie et en Turquie.

La liberté artistique comme geste politique

A la croisée de sujets tous aux prises avec de grands enjeux de notre époque, identités individuelles, sociales et culturelles, autant qu’investie - au travers du projet el-atlal, résidences d’artistes et chercheurs de toutes nationalités en Palestine - Rebecca Topakian semble vouloir transfigurer par sa pratique un engagement séculier de longue date. Pourtant, son discours laisse transparaître une plus grande complexité dans le rapport qu’entretient son oeuvre à l’engagement. Ce militantisme, antérieur à son travail photographique, elle ne le met pas tant à l’oeuvre dans les sujets qu’elle traite que dans le rôle même de créateur que sa pratique lui octroie, par sa capacité à offrir aux autres de nouvelles représentations du monde. Dès lors, elle illustre une posture duale de l’engagement, le geste politique par la liberté artistique autant que par l’action concrète, posture assez forte au sein d’une génération d’artiste qui semble parfois encore chercher ses marques sur ce terrain.

Rebecca Topakian
Son site internet



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